Découvrir l’écriture et l’Histoire en même temps

Apprendre à écrire n’est pas un acte naturel. C’est un acte fondamentalement culturel. Pour apprendre, l’enfant doit avoir une motivation, une envie. Certains enfants ont spontanément cette envie d’apprendre, pour faire comme leurs parents, ou parce que cela les attire…

Mais pour d’autres enfants (et je dirais même pour BEAUCOUP d’autres enfants 😉 ), l’écriture n’a rien de très attirant.

Or vous savez que j’aime jouer : on apprend tellement mieux par le jeu !

Alors comment faire de l’apprentissage de l’écriture un jeu ? Comment rendre vivante la découverte des mots, des lettres, de la grammaire ?

Voici deux pistes qui pourront, je l’espère, vous éclairer.

Maria Montessori racontait des histoires…

Pour émerveiller les enfants, les rendre attentifs, marquer leur esprit, Maria Montessori proposait d’aborder l’Histoire, la langue écrite et les sciences sous forme de “Grand récit”.

Ces grands récits sont au nombre de 5. Le premier raconte la naissance de la Terre, le second l’apparition et l’évolution de la Vie sur Terre, le troisième l’histoire de l’Homme, le quatrième la naissance de l’écriture et enfin le dernier parle de la naissance des chiffres.

Mais ces récits ne sont pas de simples histoires !

Des récits qui font voyager et répondent aux questions existentielles des enfants

Ces histoires ne sont pas lues, mais racontées. L’éducateur doit les avoir complètement intégrées, les faire siennes, les compléter, les agrémenter d’anecdotes pour captiver l’attention des enfants.

Et puis, il rend le récit vivant en illustrant ses propos par des démonstrations : un ballon de baudruche rempli de confettis qui éclate pour illustrer le Big Bang, par exemple…

Quel intérêt pour les enfants ?

Les enfants suivent le grand récit, assistent aux expériences qui l’illustrent, et sont ainsi marqués par le thème de la leçon. A la suite de ce grand récit, l’éducateur proposera une série de leçons accompagnées de manipulations, activités diverses en lien avec une étape du grand récit.

Le côté “spectacle” plaît énormément aux enfants, ainsi que le côté expériences scientifiques et manipulations.

Ces grands récits donnent une réponse aux grands questionnements des enfants sur notre monde. Une réponse qui sera légèrement différente en fonction de la personne qui transmet ce récit, mais qui marque l’enfant et attise sa curiosité.

La curiosité, élément indispensable pour poursuivre l’apprentissage…

Rendre l’enfant acteur de sa découverte

Les enfants ont besoin de pratiquer, copier, inventer pour apprendre !

De mon côté, je n’ai pas transmis les grands récits Montessori à mes enfants, faute de formation à cette époque. Pourtant, j’aime trouver des solutions pour que les apprentissages se fassent dans les meilleures conditions possibles :

  • par le jeu
  • par l’action
  • par l’autonomie
  • en suscitant la curiosité et la réflexion

Travailler autour de l’écriture : mon expérience

Nous avons travaillé dernièrement sur le thème de l’écriture. L’écriture, c’est très vaste ! C’est la calligraphie, mais aussi les alphabets de différentes langues, la naissance de l’écriture, de l’imprimerie…

écriture en pratique
Un livre à couverture cartonnée et pages cousues, quelle fierté de le réaliser seul !

Après avoir emprunté un grand nombre de livres sur tous ces sujets, nous avons parcouru les pages, discuté, raconté en fonction des question que les enfants posaient.

Rapidement, ils ont eu envie de passer à la pratique !

De la théorie à la pratique

Les thèmes que les enfants ont retenu en premier ont été :

  • l’écriture cunéiforme
  • l’alphabet morse
  • la fabrication d’un livre
  • l’invention de nouveaux alphabets

En une séance, chacun a pu s’essayer à la reproduction d’une plaque d’argile avec inscriptions cunéiformes. Nous avons préparé une galette de pâte à modeler (plus d’argile en stock 🙁 ), et tenté de reproduire les signes avec un ébauchoir pointu en forme de roseau. Un sacré défi pour chacun des enfants !

atelier d’écriture cunéiforme avec modèle.

Ils ont pu également écrire une phrase en morse et décrypter celle écrite par les voisins, et inventer eux-même un alphabet “codé” ou “imagé”. Leur préférence est allée vers un alphabet dans lequel chaque lettre serait représentée par un animal. Pas facile d’arriver à tout dessiner en différenciant bien les animaux entre eux !

Des animaux aux hiéroglyphes

Cet intérêt pour les animaux nous a menés vers l’étude de quelques livres traitant des hiéroglyphes. C’est une forme d’écriture que je n’avais jamais eu la curiosité de regarder de plus près, mais cette fois-ci et grâce à un livre vraiment bien fait, je me suis plongée dedans avec délices !

L’un de nos meilleurs livres pour découvrir l’écriture et les hiéroglyphes

Nous avons lu non seulement l’évolution des hiéroglyphes à travers le temps, mais aussi leurs sens et leur grammaire. Bien sûr, le livre ne donne pas les sens des 5000 signes (ouf !), mais assez pour pouvoir lire quelques phrases, et nous donner le goût d’en créer nous-mêmes !

Pour bien comprendre tout ce qui se joue dans l’écriture des hiéroglyphes, nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure… de la création des hiéroglyphes !

Un alphabet en néo-hiéroglyphes !

Tout d’abord, nous avons vu que chaque signe pouvait être utilisé comme idéogramme, c’est à dire comme mot, comme en chinois. Nous avons donc choisi des symboles pour une trentaine de mots. Comme les hiéroglyphes représentent beaucoup les dieux égyptiens (c’est une écriture sacrée), nous avons également choisi de représenter les dieux de notre maison, sous la forme de nos chats.

Quelques signes de notre alphabet néo-hiéroglyphe…

Ensuite, nous avons appris que chaque signe avait en plus un rôle de phonogramme, c’est à dire qu’il correspondait à un son. Nous avons donc ajouté des sons à nos dessins. Au chat “dieu” nous avons fait correspondre la lettre “R”, car il ronronne beaucoup. La déesse “chatte” a vu s’attribuer la lettre “S”, car elle est plutôt du genre agressive et crache sur les autres chats du quartier…

Puis il a fallu faire des phrases …

Et c’est là que tout s’est compliqué. Car pour faire des phrases, les égyptiens ne mettaient pas simplement des dessins les uns à côté des autres !

Tout d’abord, le sens de lecture (et donc d’écriture) a dû être déterminé. En effet, les égyptiens écrivaient dans le sens qui les arrangeait en fonction de l’architecture du lieu. Le sens de lecture étant marqué par les personnages : ils regardent toujours vers le début de la phrase !

Ensuite, nous avons découvert que les signes étaient employés comme phonogrammes ou comme idéogrammes dans un même mot ! Il fallait souvent 3 signes pour dire un mot : les deux premiers servant de phonogrammes, pour les syllabes, et un troisième servant de “déterminatif”, pour être ben sûr de ce dont nous parlons… Comme si en  français, pour écrire “Bateau”, nous dessinions une flèche vers le bas (pour “ba”), un soleil qui se lève (pour “tô”), et enfin un bateau pour bien comprendre de quoi il s’agit !

Une façon de faire des rébus un peu compliquée…

A cela s’ajoute la grammaire

Une fois que l’on sait faire des mots, encore faut-il apprendre à faire des phrases ! Donc comment représenter une action ? Mettre un mot au pluriel ? Représenter un enchaînement d’actions ?

Notre page d’écriture. Pas si simple à déchiffrer !

Toutes ces questions ont trouvé leur réponse, et nous avons inventé notre propre façon de faire dans nos néo-hiéroglyphes. Nous nous sommes amusés à écrire des phrases et à les déchiffrer, non sans mal ! Il nous a fallu 10 minutes d’intense concentration pour écrire simplement “Passe-moi le sel” 😉

Une expérience inoubliable

A travers ce voyage au centre de l’écriture, nous avons vécu une expérience très riche.

Nous avons vécu :

  • l’Histoire de l’écriture, et l’évolution des hiéroglyphes.
  • la difficulté d’inventer une écriture, la remise en question de chaque étape
  • la nécessité de la grammaire, et les choix particuliers qui peuvent être faits dans différentes langues
  • beaucoup de créativité
  • beaucoup de rires aussi 🙂
  • des travaux manuel avec la fabrication d’un livre pour retranscrire notre travail
  • un travail de synthèse pour expliquer ce que nous avons appris sur les hiéroglyphes à chaque étape
  •  et depuis, beaucoup d’expression orale pour raconter à la famille et aux amis notre grande aventure !

Alors, vous aussi, prêts à replonger en Egypte antique ?

 

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