“On fait quoi quand on a fini ?”

child-433877_1280Voici une phrase que j’ai entendue pendant toutes mes années d’école primaire. A chaque fois que nous avions un exercice à faire en classe, systématiquement quelques élèves les plus rapides se tortillaient sur leur chaise, s’agitaient, et demandaient d’une voix assez forte pour que tout le monde entende bien : “Monsieur, qu’est-ce qu’on fait quand on a fini ?”  Cette petite phrase insidieuse était à la fois honnête (les élèves avaient vraiment fini et n’avaient plus rien à faire) et perfide : ils faisaient bien savoir à toute la classe qu’ils étaient plus rapides, par conséquent les autres se sentaient immédiatement lents, moins bon, se déconcentraient en rêvant à ce qu’ils pourraient faire eux s’ils avaient du temps libre…

Dans l’école actuellement, il est difficile d’échapper à cette situation : il y a et il y aura toujours des élèves plus rapides que d’autres. Quand ils ont fini, l’enseignant peut leur proposer un exercice de plus, qui serait vu comme injuste puisqu’ils ont déjà fait leur travail. Leur permettre d’aller prendre un livre, ce qui risque de déranger la classe par les mouvements et bruits de chaises. Et d’autres élèves pourraient bâcler leur travail pour profiter de ce moment et aller les rejoindre… Leur permettre de dessiner, simplement ? On évite ainsi les bruits de chaises…

Dans mon école, les instituteurs leur demandaient juste de rester assis en silence en attendant les autres. Demande assez injuste également, si on considère que ces enfants avaient réalisé leur travail le mieux possible, et qu’ils auraient besoin de se concentrer pour la leçon suivante, ils avaient bien droit à un peu de temps libre… Et quel sentiment de perte de temps !

Comment satisfaire tout le monde ? Examinons les besoins de chacun.

Les enseignants ont besoin d’une classe calme et attentive, silencieuse. Des élèves motivés, qui écoutent bien la leçon et l’appliquent dans des exercices, tous en même temps. Pour eux, il faut que toute la classe fasse le même travail en même temps, et si un enfant est malade il devra rattraper les cours. C’est le “groupe classe” qui suit le programme, chaque élève devant se conformer au groupe pour avancer.

Les élèves ont besoin d’alterner moments de concentration et de relâche, de mouvement, de créativité. Ils ont soif d’apprentissages, sauf s’ils sont déjà blasés par le système scolaire… Ils ont besoin que l’on réponde à leurs questions, quelle que soit la matière concernée, au moment où ils se la posent, sans répondre “tu apprendras ça plus tard”. Ils ont besoin d’une personne-ressource qui leur diffuse les savoirs dont ils ont besoin au moment où ils y sont réceptifs.

Difficile de concilier les besoins des deux parties. Voilà pourquoi j’ai entendu récemment, de la part d’un parent : “L’école, c’est pas fait pour les enfants!”

Les écoles alternatives, et notamment Montessori ou Freinet, répondent mieux aux besoins des enfants. Et ce sont les plus importants : le but n’est-il pas de favoriser leurs apprentissages ?

Dans ces écoles, ce n’est pas classe montessoril’enseignant qui impose l’enchaînement des leçons, mais l’enfant qui choisit ses activités. Il est maître de ses apprentissages, l’éducateur l’accompagne sur ce chemin, en lui présentant du matériel, lui proposant des objectifs à atteindre et lui indiquant comment les atteindre. L’enfant acquiert très vite une grande autonomie, et il est libre de s’accorder un petit temps de pause quand bon lui semble. Il peut bouger dans la classe, aller lire, puis se remettre au travail, travailler seul ou en petit groupe, assis à une table ou au sol sur un tapis… Il ne dérange pas les autres, n’aura pas fini avant ou après, puisqu’il avance selon ses objectifs personnels.

Ainsi, comme éducatrice à l’école Montessori, je n’entends jamais “Qu est-ce qu’on fait quand on a fini ?”.

Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*