Un conte autour de la pédagogie

Je vous propose aujourd’hui un conte écrit par mon mari, Loïc de sesoignerautrement.net

Un conte non pas de Noël, mais…de pédagogie…

Le Jardinier, le Juriste et le Prêtre

Notre histoire se déroule dans un pays lointain, aux vastes contrées. Les paysages y sont grandioses et la végétation luxuriante. Les saisons s’écoulent tranquillement, chacune apportant ses bonheurs et ses peines, et toujours la joie de les redécouvrir avec leurs couleurs et leurs charmes.

Le Roi de ce beau pays est un homme heureux. Tous les habitants vivent en harmonie.

Un jour aux portes du royaume se présentent 3 hommes. Le premier a une tête de Blaireau, le second une tête de fourmi et le troisième une tête de tigre. Ils viennent demander l’asile auprès du roi : ils arrivent de loin, et leur chemin est encore long. Un peu de repos leur est nécessaire.

Le Roi est bon, il les accueille.

Un jour, un terrible jour comme personne n’aimerait en vivre dans sa vie, le soleil refuse de se lever. Le pays reste dans l’ombre de la nuit, et les hommes s’affairent éclairés par quelques rayons de lune. Le Roi inquiet convoque ses plus grands savants, ses astronomes, ses astrologues et autres hommes de savoirs.

Tous se réunissent dans la grande salle du trône, éclairés par de simples bougies. Après des heures de réflexion, de propositions, de délibérations… il est bien difficile de dire combien de temps exactement, le soleil ne s’étant toujours pas levé… Le plus âgé et le plus sage de tous se lève et prend la parole face au Roi.

« Mon bon Roi, votre Majesté est juste et appréciée. Elle règne en maître absolu et sait utiliser son pouvoir comme il faut. Déesses et Dieux vous apprécient autant que vos humbles sujets. Aujourd’hui, le Soleil dans son infinie sagesse reste caché. L’harmonie parfaite qui régnait à disparu depuis que vous avez accueilli ces 3 étrangers.

Les règles de notre pays, qui sont justes, nous empêchent de chasser ces étrangers. Pour que notre monde retrouve son harmonie, il faut qu’ils apprennent à trouver leur place dans notre pays, et pour cela à mieux le comprendre.

Trouvons le moyen de leur apprendre comment fonctionne notre monde. Alors seulement le Soleil reviendra. »

Le Roi convoque sur le champ nos trois compères. Il fait demander à tous les grands maîtres se présentent au palais royal immédiatement. Ainsi se présentent à lui le Maître Forgeron, le Maître Boulanger, le Maître Médecin, et bien d’autres encore.

Dans la grande salle, le Roi leur dit :

« Aujourd’hui, le Ciel cherche l’harmonie. Pour que celle-ci revienne, et que le soleil réapparaisse, il nous faudra enseigner nos savoirs à nos trois invités »

Cachés derrière le trône, nos trois hommes s’avancent. La foule des Maîtres s’agite. Des hommes-animaux ? Ils ne parlent probablement pas notre langue ! Comment nous ferons-nous comprendre ?Le Roi réclame le silence.

« Parmi vous, je sollicite 3 volontaires prêts à mener à bien cette noble et impérieuse tâche ».

Parmi les Maîtres, seuls 3 n’ont pas bougé à l’apparition des hommes-bêtes. Sereins, ils s’avancent vers le roi. Il s’agit du Maître Prêtre, du Maître Juriste et du Maître Jardinier.

Le rois désigne à chacun un élève attitré : le Jardinier s’occupera de l’Homme-Tigre, le Juriste de l’Homme-Blaireau et le Prêtre de l’Homme-Fourmi.

Les jours passent et le Soleil ne revient pas. Le Roi convoque nos 3 Maîtres.

Le Prêtre prend la parole :

« Mon bon Roi, mon disciple, l’Homme-Fourmi, ne comprend pas les subtilités de notre monde. Son esprit est un cube rigide et mes paroles s’écrasent sur lui sans jamais le toucher. »

Le Jardinier continue :

« Mon bon Roi, mon apprenti, l’Homme-Tigre, se pose des questions là où il n’y a pas de réponse. Il se nourrit d’air, de pensées et de réflexions, lorsque je lui propose des légumes et des fruits.

Le Juriste clôt la séance :

« Mon bon Roi, mon élève, l’Homme-Blaireau, ne comprend pas l’Ordre. Il veut découvrir les relations entre chaque chose et oublie leur place et leur rôle. »

Le roi est un homme sage. Il convoque les 3 étrangers, et leur dit :

« Vos besoins ne semblent pas nourris des enseignements de vos maîtres. De quelle nourriture avez-vous besoin ? »

Chacun son tour prend la parole. L’Homme-Blaireau commence :

« Je cherche l’Harmonie en toutes choses, comprendre les lois qui gouvernent le monde me permet de comprendre les lois qui me gouvernent. J’ai besoin de grandir en moi pour grandir en harmonie avec mon environnement. »

L’Homme-Fourmi continue :

« Je cherche l’ordre en toutes choses, quand chacun joue son rôle et est à sa place. J’ai besoin que l’ensemble soit structuré pour qu’il m’aide à grandir »

Enfin l’Homme-Tigre prend la parole : « J’ai en moi la puissance et la force, quand elle est à sa place je suis équilibré. J’ai besoin d’élever mon esprit pour créer de l’harmonie autour de moi ».

Le Roi, qui avait entendu les propos des maîtres comme des élèves, comprend l’obstacle à leur enseignement. L’harmonie en maître et élèves n’est pas au rendez-vous ! Il a alors l’idée de proposer à chacun de trouver le maître qui lui correspond.

L’Homme-Fourmi se dirige alors vers le Juriste,

l’Homme-Blaireau vers le Jardinier,

et l’Homme-Tigre vers le Prêtre.

Quelques jours plus tard, le soleil se leva de nouveau sur notre beau royaume…

Morale de l’histoire : N’ayons pas peur de faire découvrir notre monde à ceux qui en ont besoin. Mais l’harmonie entre le maître et l’élève est primordiale si on veut voir le soleil briller…

 

Les trois pédagogues qui font briller le soleil

 

Ce conte m’a été inspiré en pensant aux trois grandes pédagogies qui prennent en compte l’enfant dans sa globalité. Les pédagogies Montessori, Steiner et Freinet.

Chacune d’entre elles met l’accent sur une dynamique de l’enfant.

  • Du concret à l’abstrait pour Montessori
  • Le développement de l’esprit de l’enfant pour Steiner
  • L’enfant en tant qu’être social, relationnel pour Freinet

Sans que la comparaison ne soit parfaite, cela m’évoquait les 3 cosmogonies (à la fois philosophie, religion et règle de vie) qui ponctuent l’histoire de la Chine. On y retrouve :

  • Le Taoïsme où l’observation du monde concret permet de saisir le monde subtil
  • Le Bouddhisme où l’évolution de l’esprit de chacun permet à l’ensemble de grandir
  • Le Confucianisme où les règles sociales garantissent la vie de chacun

Il serait sans doute un peu long et fastidieux de rentrer dans les détails et de présenter l’ensemble des fondements philosophiques de chacun de ces regards que l’on peut porter sur le monde.

Quel pédagogue pour quel enfant ?

Si on s’en tient à l’enfant et à son instruction, on peut alors faire les propositions suivantes.

Les enfants sont sensibles à chacun des 3 regards qui sont proposés dans ces pédagogies.

Mais un enfant aura une sensibilité particulière à l’une de ces dimensions. Et sous prétexte d’être étiqueté par l’une de ces trois méthodes, un enfant ne devrait pas se voir imposer un regard en particulier. D’autant s’il ne lui convient pas.

Les pédagogies sont des supports de notre réflexion d’adulte pour transmettre un contenu et une façon de voir ce contenu.

Le pédagogue lui ne devrait pas se préoccuper du contenu mais de l’enfant, de ses besoins et du meilleur chemin pour que l’enfant l’intègre. Ce meilleur chemin, cette voie du moindre effort se trouve lorsque l’enfant est comblé dans ses besoins du moment, qu’ils soient matériels, spirituels ou relationnels.

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