Injustice et incompétence à l’école et en dehors

Olivier Roland est un blogueur connu et reconnu, qui propose quotidiennement des vidéos sur différents thèmes. Il y a quelques jours, il proposait dans cette vidéo une réflexion au sujet de l’école, trouvant un certain bénéfice au fait de confronter les enfants à des situations d’injustice et d’incompétence, notamment à l’école. Ce sont des situations marquantes avec des réactions d’adultes peu appropriées qui lui ont donné le goût de la rébellion et l’énergie de s’accrocher à ses convictions pour vivre sa vie de façon authentique et indépendante.

A un papa qui annonçait son choix de ne pas scolariser son enfant pour lui donner une éducation indépendante et lui éviter une scolarité inefficace et étouffante, il a répondu qu’il pensait préférable de scolariser son enfant, car la confrontation à l’injustice et à l’incompétence seraient bénéfiques…

On peut peut-être voir les choses différemment.

L’injustice, seulement à l’école ?

L’injustice est un sentiment qui peut être rencontré à l’école, toutefois ce n’est pas une caractéristique sociale mais un rapport que l’on établit face à un événement, en fonction de notre vécu, de notre sensibilité et de notre histoire.

Si on prend l’exemple de deux enfants qui veulent une pomme, alors qu’il n’en reste qu’une. La première solution, la plus « juste » a priori, consiste à couper la pomme en deux parties égales en et donner une moitié à chacun. Or l’un des enfants peut considérer cela comme injuste, du fait qu’il voulait une pomme entière, et non une moitié. La seconde solution serait de donner la pomme entière à l’un des enfants, expliquant à l’autre soit qu’il en aura une plus tard, soit qu’il n’en a pas parce qu’il ne a finira pas, ou une autre raison plus ou moins valable. Là encore, l’enfant qui n’a pas la pomme peut trouver cette situation totalement injuste, ce qui se comprend. Mais l’autre enfant peut aussi décider de donner sa pomme, sentant la trop grande différence entre ce qui est donné à l’un et ce qui est donné à l’autre. Enfin, l’enfant qui n’a rien peut aussi estimer que la raison donnée est juste, et qu’en fait il ne voulait pas vraiment cette pomme, et que ce n’est pas un problème.

La réaction de l’enfant dépend totalement de son propre caractère, de sa vision personnelle des choses. Ce ne sont pas l’école ou la société qui changent le sentiment de justice ou d’injustice, car les enfants y sont confrontés dans leur vie quotidienne, dans leurs relations familiales, dans la rue, au parc, dans les magasins, à la bibliothèque…

L’incompétence à l’école ?

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Il est vrai que l’incompétence de certains professeurs est une donnée que beaucoup d’entre nous avons vécue. Pour autant, chacun d’entre nous a-t-il réussi à trouver les moyens de dépasser cette incompétence et travailler par lui-même ? Personnellement, face à un professeur incompétent j’ai plutôt été du genre à baisser les bras, et attendre que ça passe… même s’il est vrai qu’aujourd’hui je cherche à faire mieux et ne pas reproduire ce genre de situation avec mes élèves ! Dans un milieu ou un environnement qui n’est pas propice à la recherche et au dépassement des obstacles, de nombreux élèves restent dans une position passive, et s’ils loupent leur examen renvoient la faute au professeur, sans se poser aucune autre question.

Toutefois, l’incompétence existe bien en dehors de l’école. Qui d’entre nous n’a pas été confronté à une queue interminable à la banque due à l’incompétence du guichetier ? Bon, j’admets que cela n’a pas eu beaucoup d’influence sur mon avenir professionnel. Les enfants non-scolarisés peuvent être confrontés à des nounous/baby sitters plus ou moins compétentes, femmes de ménage, professeurs particuliers… La différence avec l’école, c’est qu’ils voient rapidement les conséquences de l’incompétence : ces personnes ne gardent pas leur emploi, contrairement aux professeurs dans la fonction publique !

Chercher la compétence

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L’incompétence est appréhendée toute la vie, à l’école ou en dehors. La différence, c’est qu’en dehors de l’école on va apprendre à se tourner vers certaines personnes pour leurs compétences, même si elles ont de grosses lacunes à d’autres niveaux. Je vais vous donner un exemple personnel : dans notre association de reconstitution médiévale, chacun joue un rôle et incarne un métier. Parmi les membres, certains sont passionnés d’histoire depuis des années, et d’autres sont novices, avec des notions plus ou moins fantaisistes du moyen-âge. Nos enfants, juste en observant et écoutant les conversations, ont su très bien repérer les personnes compétentes, et leur domaine de compétence. Pour des questions d’ordre général sur la vie politique et quotidienne au XIIe siècle, ils allaient voir notre seigneur. Pour des questions de costumes, filage, tissage, ils s’adressaient à sa dame. Pour le tir à l’arc, notre archer était spécialiste, etc… Mais ils savaient que toute question pouvait être posée au seigneur et à sa dame, qui répondraient du mieux qu’ils pouvaient ou nous renverraient vers des livres ou articles pour affiner notre recherche, tandis que notre archer maîtrisait uniquement son domaine. Au fil des visites guidées menées par différents membres, ils ont su distinguer ceux qui répétaient la même chose à chaque fois de ceux qui adaptaient leur discours et l’étoffaient, et ceux qui se contredisaient. L’esprit critique n’a pas besoin d’école pour se former !

En classe, les enfants n’ont pas le choix du professeur, alors qu’en instruction en famille, lorsqu’ils sont confrontés à l’incompétence, ils sentent les limites de la personne en face et cherchent leur réponse en allant voir quelqu’un d’autre.

L’école, lieu de socialisation ?

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Olivier Roland positionne également l’école comme lieu incontournable de la socialisation. C’est une question récurrente lorsque l’on choisit de ne pas mettre ses enfants à l’école : As-tu pensé à la socialisation ? Ma réponse est la suivante : est-ce en cloisonnant des enfants par groupe d’âge, avec des adultes (qui peuvent être incompétents) comme référence, que l’on en fait des êtres sociaux ? La société est composée d’enfants, de bébés, d’adolescents, d’adultes et des personnes âgées, de personnes valides et handicapées… Nous rencontrons bien plus de personnes en vivant en dehors de l’école que dans un groupe uniforme ! Et surtout avec des échanges constructifs, sans enjeu (« T’es plus ma copine si tu fais ça! ») ou compétition (« T’es cap de jeter un caillou sur un passant? ») Nos enfants non scolarisés ont su rester calmes et patienter le temps de réunions d’associations, de rendez-vous divers, ont rencontré régulièrement des adultes à la bibliothèque, et mon fils préfère prendre des cours de musique avec des adultes car ils sont plus travailleurs que les enfants de son âge !

Je vous ai fait part de mes réflexions suite à la vidéo. J’espère qu’elles vous apporteront des réponses à certaines de vos questions ! L’incompétence et l’injustice ne font pas nécessairement partie du quotidien de nos enfants, ou du moins à petite dose et pour en faire quelque chose de constructif.

Nous ne vivons certes pas au pays des Bisounours, mais n’est-ce pas en assurant la sécurité affective et émotionnelle de nos enfants que nous leur donnerons l’intelligence de gérer les difficultés du monde ?

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