Lasagnes et désherbage, ou comment retrouver une motivation…

Quand l’enfant refuse en bloc tout nouvel apprentissage… nous voilà bien démunis. Nous avons été confrontés à cette situation avec notre fils aîné, K, alors âgé de 8 ans et demi. Plus rien ne l’intéressait, ni maths ni français, mais pas d’histoire non plus, la géographie à minima, et aux quelques questions qu’il nous posait il se contentait de réponses générales, refusant toute recherche pour approfondir la réflexion. Il tournait en rond, ne réussissant à s’intéresser à rien. La passion n’était plus là.

Comment en sommes-nous arrivés là, c’est une bonne question, que nous nous sommes évidemment posés, et nous avons des éléments de réponses, notamment la naissance du petit frère qui a remanié l’organisation familiale, une moins grande disponibilité de notre part, et une situation géographique permettant moins de rencontres avec d’autres personnes de façon spontanée. Tout cela, nous ne pouvions le changer du jour au lendemain. Mais il fallait trouver une solution pour que K retrouve une joie de vivre et une curiosité qu’il avait toujours eue.

Nous avons cherché, essayé, tâtonné. Différentes stratégies, allant de la liberté totale (qui n’empêche pas de tourner en rond, au contraire!) à des apprentissages contraints (ce qui ne mène à rien : ce qui entre par une oreille ressort par l’autre immédiatement, il faisait son exercice pour me faire plaisir et oubliait tout dans la minute qui suivait!) Rien n’a réussi à raviver la flamme. Il passait ses journées à faire des « jeux dans sa tête ».

Comme les arbres, nous devons prendre soin de nos branches comme nos racines.

Comme les arbres, nous devons prendre soin de nos branches comme de nos racines.

C’est là que nous avons eu une idée lumineuse : lui qui se réfugiait si souvent dans sa  tête, devait développer un peu plus ses racines. Comme l’arbre qui se déploie vers le ciel, avec ses branches de connaissances fondamentales et savoirs plus spécifiques, toute sa culture générale déclinée en différents rameaux, a besoin de solides racines profondément ancrées dans le sol, il se nourrit de la terre.

Nous avons donc proposé à K d’échanger les maths et le français contre de la cuisine et du jardinage : travail du sol, cuisine à partir de ce que nous procure le jardin… de quoi prendre soin de ses racines ! Il choisissait le matin s’il cuisinait pour le midi ou pour le soir. Il se renseignait du nombre de personnes, et choisissait le menu. Il devait prévoir le temps de préparation pour que le repas soit prêt au bon moment, pour ne pas être en retard aux différentes activités.

Il s’est pris au jeu : certains midis, c’était repas rapide, riz, pâtes ou lentilles corail et légumes crus. Quand il avait des idées plus complexes, il les réservait pour des jours où il avait plus de temps, ou préparait une liste de courses pour compléter ce qui manquait dans les placards. Il adorait préparer des gratins, du risotto, et s’est fait une spécialité des lasagnes. Il s’est donné des défis et est allé jusqu’au bout, le but était atteint.

Pour ce qui est du jardinage, ses limites ont été pus vite atteintes. K a fait du désherbage, appris à distinguer les mauvaises herbes des jeunes pousses de radis, betteraves et carottes, tondu la pelouse, arraché des ronces, installé les tuteurs pour les haricots… mais la passion n’y était pas. C’était trop la jungle au milieu des tomates, les ronces trop coriaces, la terre trop dure… Au bout de deux semaines, il a demandé à refaire un échange : jardinage contre maths ou français. Là aussi, le but a été atteint ! Il a poursuivi ainsi jusqu’aux vacances suivantes, avec maths ou français principalement à l’oral (tables de multiplication ou de division, petits problèmes, conjugaisons) et pendant la préparation d’un des repas de la journée. Il savait pourquoi il le faisait (pour échapper au jardinage !) et s’occupait les mains pour une création culinaire qu’il maîtrisait du début à la fin.

A coup de lasagnes et de mauvaises herbes, K a retrouvé une confiance en lui qu’il perdait petit à petit en s’enfermant dans ses jeux imaginaires, et une place au sein de la famille qu’il juge utile : c’est lui qui nous nourrit. Après les vacances, les apprentissages ont retrouvé leur rythme habituel. Mais lorsqu’il y a des invités, K propose souvent de faire des lasagnes. Et là, c’est lui le chef !

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